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Sarah Mostrel, Entre les lignes : une poétique du lien et de la traversée

Avec Entre les lignes, nous poursuivons notre engagement en faveur d’une littérature sensible, ouverte et profondément incarnée. Ce nouveau recueil de Sarah Mostrel s’inscrit dans une œuvre déjà riche, où poésie, arts plastiques et réflexion humaniste dialoguent constamment.

 

Une œuvre totale : écrire, peindre, relier

Poète, peintre et artiste plurielle, Sarah Mostrel propose ici bien davantage qu’un simple recueil de poésie. Entre les lignes est une expérience esthétique globale : le texte y cohabite avec des œuvres picturales (pastels, aquarelles, huiles), formant un espace intermédial où les mots prolongent les images, et inversement.

Dès les premières pages, le projet est explicite : il s’agit de « se poser sur le monde, la vie, les êtres » et d’esquisser « une voie possible »  . Cette orientation confère au livre une dimension quasi éthique, où la poésie devient un outil d’exploration existentielle.

 

Une écriture du seuil : entre présence et absence

Le titre lui-même "Entre les lignes" indique une poétique du seuil. L’œuvre explore les interstices : entre amour et perte, entre mémoire et devenir, entre langage et silence.

Le poème « Addio » ouvre ainsi sur une expérience de la disparition et de l’absence, où le monde semble se défaire avec l’être aimé. À l’inverse, d’autres textes célèbrent la possibilité d’un renouveau affectif et sensoriel, comme dans « Une lumière » ou « Un air de camaïeu », où l’amour redevient force structurante.

Cette oscillation constante traduit une conception profondément dialectique de l’existence : vivre, c’est traverser des états contradictoires sans jamais les résoudre définitivement.

 

Une méditation sur le féminin et la condition humaine

Un des axes majeurs du recueil réside dans l’exploration du féminin. La section « Féminin extrême » déploie une réflexion fragmentée, presque incantatoire, sur les tensions constitutives de l’identité féminine : vulnérabilité, puissance, assignation sociale et désir d’émancipation.

Le texte met en lumière une pluralité de figures : femme victime et femme souveraine, femme assignée et femme créatrice, femme objet et femme sujet.

Cette polyphonie s’inscrit dans une critique implicite des structures de domination, tout en refusant toute simplification idéologique. Le féminin apparaît comme une énigme ouverte, « jamais résolue »  , ce qui confère à l’écriture une portée à la fois politique et existentielle.

 

Poétique du lien et horizon universel

Au-delà de l’intime, Entre les lignes développe une véritable pensée du lien. Plusieurs textes interrogent la possibilité de relier les êtres, les cultures et les langages.

Dans « Le bleu du monde », la poésie est explicitement conçue comme médiation : elle permet de « traduire en un langage […] confondant les humains ».

Cette dimension trouve son prolongement dans la réflexion sur « l’isthme »,  métaphore centrale du recueil, qui désigne cet espace fragile mais nécessaire reliant les mondes séparés. La poésie devient alors un geste de passage, un acte de mise en relation dans un univers fragmenté.

 

Une esthétique de la couleur et de la sensation

L’univers de Sarah Mostrel est profondément chromatique. Les couleurs (bleu, ocre, pastel, or) structurent autant l’imaginaire que l’émotion.

Cette sensibilité picturale se manifeste dans l’écriture elle-même, qui procède par touches, superpositions et variations. Le langage adopte une logique plastique, proche de la peinture, où chaque poème agit comme une composition visuelle autant que sonore.

Les illustrations présentes tout au long de l’ouvrage renforcent cette immersion sensorielle, proposant des paysages intérieurs où corps, nature et abstraction se mêlent.

 

Une éthique de la création

Enfin, Entre les lignes porte une réflexion explicite sur la fonction de l’art. Dans « Une éthique nécessaire », Sarah Mostrel affirme que créer, c’est « agir utile », c’est-à-dire participer à une transformation du monde fondée sur la sensibilité, la responsabilité et la conscience écologique.

L’art n’est pas ici ornemental : il est une forme d’engagement. Il permet de résister au déni, de réparer les fractures, et d’ouvrir des possibles.

 

Une voix essentielle dans le paysage contemporain

Avec Entre les lignes, Sarah Mostrel confirme une œuvre singulière, à la croisée de plusieurs disciplines et traditions. Son écriture, à la fois accessible et exigeante, s’adresse à un lectorat en quête de sens, d’émotion et de réflexion.

Dans un contexte marqué par la fragmentation des expériences et des discours, ce livre apparaît comme une tentative rare de réconciliation : entre soi et le monde, entre les êtres, entre les formes artistiques.

 

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