Chez Annick Perez, la fiction ne se contente jamais de raconter : elle restitue une mémoire sensible, incarnée, presque charnelle. Dans Nuit à Carthage, elle posait les fondations d’un monde méditerranéen traversé par les tensions de l’histoire ; dans Paul, l’autre rive, elle en déploie les conséquences intimes, à travers une saga où l’exil, l’amour et la perte deviennent des forces structurantes des destins.
Ce qui frappe, c’est la densité émotionnelle de son écriture : la trajectoire de Paul, enfant contraint de grandir trop vite dans une Tunisie bouleversée, donne à voir la violence silencieuse des ruptures historiques (décolonisation, migrations, recompositions identitaires) sans jamais céder au didactisme. L’Histoire affleure dans les corps, dans les choix, dans les silences.
Mais au-delà des thèmes, c’est une voix qu’il faut venir entendre. Une voix qui interroge : comment se construit une identité entre plusieurs rives ? Que reste-t-il des lieux que l’on quitte ?
Peut-on vraiment « réussir » sans perdre quelque chose d’essentiel ?
Rencontrer Annick Perez, c’est accéder à l’envers du récit : comprendre comment se tisse une telle fresque, comment l’intime dialogue avec le politique, comment la mémoire familiale devient matière littéraire.
C’est aussi rencontrer une autrice qui écrit contre l’oubli — et qui nous rappelle que derrière les grandes mutations historiques, il y a toujours des vies fragiles, des attachements tenaces, et des choix impossibles.
Le 29 avril n’est pas seulement une conférence : c’est une invitation à entrer dans une œuvre profondément humaine, où chaque lecteur est renvoyé à ses propres traversées, à ses propres « autres rives ».

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