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Zhao Lihong lu par Léa Renoir

Zhao Lihong, ou l’art de ne pas hurler dans le vacarme du monde

par Léa Renoir

 

Cela fait un moment que je n'ai pas écrit ici une chronique littéraire. Sans doute parce que je ne trouvais pas de bon livre. Vous savez celui qui vous saisit, sans vous lâcher... Celui qui n'est pas issu du marketing éditorial... Bref, un vrai livre quoi ! 

Il y a des livres que l’on traverse comme on traverse une salle d’attente — poliment, sans y laisser de trace. Et puis il y a ceux qui vous retournent, vous renversent, vous soignent sans anesthésie. Les murmures du vent & des souvenirs de Zhao Lihong, tout juste paru en français chez La Route de la Soie – Éditions, appartient à cette seconde catégorie : celle des livres qui ne flattent ni l’ego, ni les modes, mais qui vous parlent directement au cœur, là où ça fait mal et du bien en même temps.

 

Retour à l'humain

À lire certains titres de presse ou à entendre les bavardages d’éditorialistes pressés, on croirait que la Chine ne produit que des chiffres, des autoroutes, des drones et des slogans. Mais que reste-t-il de l’âme d’un peuple quand on la broie dans des graphiques de croissance ou qu’on l’associe uniquement à la surveillance et aux téléphones low cost ?

Zhao Lihong, lui, ne répond pas à ces caricatures. Il les dissout. Il écrit sur le bruissement des peupliers, le regard d’un père qui se ferme, une lampe à huile dans une ruelle, une vieille femme assise sur un banc. Il parle d’un pays réel, fait de chairs, de silences, de souvenirs déchirés par les vents de l’histoire. Il parle surtout de nous (de lui, de vous, de moi), lecteurs désenchantés de cette époque où les mots sont devenus des slogans publicitaires.

 

Résister

Il n’y a dans ce livre ni explosion, ni révélation mystique, ni suspense insoutenable. Juste une chose : la vie. Une vie rugueuse, imparfaite, souvent injuste, mais toujours digne. C’est peut-être là que réside le génie discret de Zhao Lihong : faire de l’infra-ordinaire un acte politique. Parce que dans un monde qui hurle, celui qui murmure avec justesse devient un résistant.

Et cela, je peux vous l’assurer, est bien plus subversif que toutes les diatribes d’essayistes en mal de buzz. Ici, chaque phrase est ciselée, chaque souvenir est un éclat, chaque émotion est tenue comme on tiendrait une tasse ébréchée sans vouloir la briser. Il faut être fort pour écrire avec tant de fragilité.

Le plus beau c'est que ce livre on a l'impression qu'il a écrit en français, les notes sont là pour nous rappeler qu'il y a un écart culturel et pourtant non. Quel beau travail... Ici la traduction. a été faite comme on veille un ami malade, avec respect, patience, fidélité. Et cela se sent. Ce livre est une traversée à deux voix : celle de Zhao, et celle de celle qui l’a lu jusqu’à se brûler les yeux. Ce n’est plus une traduction, c’est pour moi une correspondance d'âmes.

 

Ce que ce livre dit de nous, de notre humanité

Pourquoi lire Zhao Lihong aujourd'hui ? Pour se sentir cultivé ? Non. Pour se donner une image d'ouverture culturelle ? Encore moins. On livre ce livre parce qu'on est blessé. Parce qu'on ne croit plus aux grands récits, mais qu'on cherche encore un sens dans les petits gestes, les regards, les souvenirs.

Dans une époque saturée de bruit, d’injonctions à la performance, de réalités trafiquées, ce livre nous murmure autre chose : que vivre, c’est se souvenir ; que résister, c’est regarder ; que ressentir, c’est encore possible.

 

Une littérature du sensible : une littérature politique

Les murmures du vent & des souvenirs n’est pas un manifeste. Et c’est précisément pour cela qu’il nous touche. Parce qu’il ne cherche pas à convaincre, mais à toucher. Parce qu'il ne propose pas de solutions, mais une autre manière d'être au monde.

Et puis je dois l'avour, je n'ai jamais cru aux grands mots, aux mots marketing. Mais je sais reconnaître une parole qui ne triche pas. Et celle de Zhao Lihong, dans cette époque d’ersatz et de simulacres, vaut plus que tous les discours : elle tient debout. Elle nous rend vivants. Et si résister aujourd’hui, c’était simplement réapprendre à écouter le vent ?

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